La Roche Ecrite

La Roche Ecrite

LE PASSE RASSURE ; L'HORIZON INDIFFERE.

Pourquoi notre époque est-elle si médiocre ? Parce qu'elle consent à l'étiolement de la plus haute des vertus : la liberté. Oubliant que c'est un devoir, elle en fait un droit.

 

Fête des pères. Pensée pour ces mères seules, accablées d'enfants, qui vont de lieux d'accueil en centres sociaux. Surtout ne pas poser la question qui brûlent les lèvres : où sont les pères ? Que font les pères ?

 

Lundi de Pentecôte : messe célébrée par l'immense cardinal Sarah en la cathédrale de Chartres. " Ad Orientem ", c'est à dire non pas " face au peuple ", expression débile, mais vers le soleil levant, vers la " lux divina ". La cathédrale retrouvait ainsi, avec le respect de sa géographie sacrée, sa fonction de nef du salut. Ne jamais oublier qu'elle est construite sur un ancien lieu de culte druidique. C'est par cela qu'elle règne encore. Magnifique. Quinze mille personnes. Les médias n'en ont pas parlé. Ramadan oblige.

 

Ouvrir un livre au hasard, et lire, en recevant le message comme un oracle. Les Romains faisaient cela avec les vers de Virgile. Il y a quelques jours, après une nuit d'insomnie, je monte dans mon pigeonnier, à l'heure des laudes, et j'ouvre " Le Poisson-scorpion ", de Nicolas Bouvier. Et je tombe sur ceci : " Comment faire face à tant de vide avec le peu que je suis devenu ? "

 

Goethe dit que l'homme qui chante est un roi. Plus personne ne chante. Mort aux rois ! Nous sommes devenus des citoyens. Pas une tête ne doit dépasser. Et même quand je ramasse une bouteille en plastique dans la forêt de Signy-l'Abbaye, je fais de l'écologie citoyenne !

 

Je suis seul dans une campagne déserte. Le temps est plutôt lourd et le ciel voilé. Soudain un avion passe très haut, avec un bourdonnement, qui, sur une seule note, grandit, culmine puis décline et finit par s'éteindre dans le lointain. Et alors il me semble que, sans quitter ni le plancher des vaches ni mes médiocres limites, j'accède à un niveau supérieur d'être et de conscience. Une indicible éternité. Le paysage lui-même devient autre. J'appelle cela, faute de mieux, " franchir l'horizon d'univers ". Je tente d'expliquer mais personne ne comprend. Sauf une personne de temps en temps. Moins d'une sur cent. Rien de grand n'est numérique.

 

Chaque fois que je passe à pied sur le pont de la Vaux, entre Barby et Château-Porcien, je m'arrête, je profite de l'ombrage des aulnes, et j'écoute le gazouillis clair du courant entre les cailloux et les grosses pierres. Au dix-neuvième siècle, il existait un vieux moulin un peu en amont du pont. Ces pierres en proviennent. Dans mille ans, elles rejoindront l'Aisne, à quelques centaines de mètres en aval. Je pense toujours ici à une réflexion du grand écrivain anglais Colin Thubron : " Ecoutant le chant de l'eau, je suis repris par la vieille fièvre du voyageur..." Mais si je raconte cela, tout le monde me parlera du pont de la Vaux, et personne de la fièvre du voyageur. Le passé rassure ; l'horizon indiffère.

 

 

 

 

 

 



17/06/2018
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