La Roche Ecrite

La Roche Ecrite

GITE DU VOLCAN, GRAND GALET, GRAND COUDE. REUNION, AOUT 1998.

  Lundi 3 août 1998.

  Nous sommes arrivés hier soir à La Diligence, gîte et centre équestre bien connu de la Plaine des Cafres. Dîner : un rougail saucisses, le plat réunionnais dont nul ne se lasse ! Nuit très froide. La lune était au premier quartier, tout près du zénith. Relents d'écuries et barrières de bois. Pour les amateurs de clichés, il régnait  une sorte d'ambiance de Far-West, à l'heure où méditent sous le ciel du Montana les cow-boys insomniaques.

  Départ vers 8h30. Juste avant de quitter la route des Plaines ( il faudrait dire les Hautes Plaines ! ), belle vue sur le Piton des Neiges, complètement dégagé. Ajoncs fleuris. On pense un peu à l'Auvergne, comme souvent en hiver austral dans les Hauts de la Réunion.

  Nous progressons dans des pâturages à moutons. Les brebis sont suitées d'agneaux de quelques jours, certains tachés de noir. Beaucoup d'arums en fleurs dans les lieux sourceux. Mais le beau temps nous fausse soudain compagnie quand nous arrivons au Piton Textor ( 2164 m). Pluie givrante et vent glacial raccourcissent notre halte à l'oratoire Sainte-Thérèse. Nous descendons le Rempart des Sables jusqu'au plateau des Basaltes tandis que la bourrasque redouble. Le plateau, vers 2300 m, est à mi-hauteur du sommet de la caldeira et de la fameuse Plaine des Sables.

  Arrivé transi et trempé au gîte du Volcan, je passe deux heures au coin du feu, à faire sécher mes hardes et mes chaussures. Par une petite fenêtre, j'ai le temps de contempler le jardinet d'altitude, aux couleurs mordorées et vineuses en cette saison. Nous avons fait aujourd'hui 19 km à pied. Nuit dans un dortoir glacé. Toujours le vent et la pluie.

 

  Mardi 4 août.

  Ciel clair à nouveau. Le Far-West est loin. Nous voici quasiment en Islande ! Soleil oblique et blanc. Givre tenace sur les pistes et les rochers. Nombreux cônes volcaniques balafrés de rouge brique. Le sol est un gravier tantôt noir tantôt verdâtre.

  Nous contournons  Piton Chiny, 2400 m. Selon certains il a 3000 ans ; selon d'autres il date de l'époque de Charlemagne. Il nous faut ensuite dévaler une longue coulée basaltique qui provient de l'amont de la Rivière Langevin. Ce chaos rocheux reste très foncé, en total contraste avec les strates claires du Morne Langevin qui nous domine à l'ouest. C'est un sommet qui a grande allure, valorisé qu'il est par ses teintes et les ombres portées de ses contreforts.

  Nous dominons un cirque immense de quatre kilomètres de diamètre. Le fond, appelé Grand Pays, est une forêt de bois de couleurs. Sur les lieux plus secs et plus élevés, des bouquets de filaos.

  Un couple de papangues fait des loopings acrobatiques, le mâle surtout. De loin, il apparaît presque blanc tandis que la femelle, plus brune, caquette rapidement, comme un faucon.

  Longue descente. Vers 900 m d'altitude, on retrouve l'atmosphère tropicale. Nous traversons à gué la Rivière Langevin. Elle disparaît ensuite pour réapparaître en forme de résurgence en aval de Grand Galet. Le village approche. Des camélias en fleurs embellissent la lisière de la forêt, puis ce sont de petits champs de maïs et d'ananas.

  Grand Galet : nous voici au village de poupées qu'on dominait tout à l'heure de plus de 1000 m !

  Une petite chapelle à gauche, avec une cinquantaine de places assises seulement.

  J'écris ces lignes chez madame Francomme, patronyme fort courant ici. Il pleut à nouveau. Les gouttelettes courent le long des lambrequins de la varangue. Devant nous, le Rempart de Gaspard, fort crépu, raviné par les stries d'érosion. Profusion d'impatiences sous les bananiers et les arbres à letchis. Ciel bas coupant le rempart à mi-hauteur.

  Bilan de la journée : 24 km parcourus et 1700 m de dénivelé en descente. Il faut vous dire que les amis qui m'accompagnent, professeurs de mathématiques, ont un goût des chiffres qui ne m'est pas spontané ! Je m'efforce de progresser dans la souveraineté des instants, l'un poussant l'autre...

 

   Mercredi 5 août.

  Terrible remontée jusqu'à Grand Coude. Pour l'essentiel de l'escalade sur des rochers moussus et glissants. Et cela dure près de trois heures ! Nous nous retrouvons sur un plateau vallonné, sous la masse tutélaire du Morne Langevin. Cases coquettes et dispersées. Dans les jardins beaucoup de rosiers anciens, très épineux, avec des fleurs en boules odorantes, à peine rosées. Dans les pâturages périphériques, des troupeaux de vaches hollandaises, blanches tachées de noir.

  L'église est moderne, en forme de triangle dont l'autel occupe un coin. J'entre et m'assois, en reprenant mon souffle et mes forces devant la loupiote rouge du Saint-Sacrement. Dehors meuglent des vaches, aboient des chiens. Alignées sur les fils électriques, les salanganes ressemblent à des hirondelles. Une sorte d'éternité villageoise.

  Peu à peu la nuit tombe. Brise fraîche dans les haies de mimosas. Les sommets scintillent puis se cuivrent.

  Près du gîte, les platanes sans feuilles évoquent la Plaine des Palmistes, sur l'autre versant de l'île. Le bistrot-épicerie porte un joli nom : L'Arc-en-Ciel.

  Le propriétaire du gîte se désole parce que les écarts des Hauts sont délaissés par la municipalité de Saint-Joseph. Il faut dire qu'il n'y a à Grand Coude que 400 habitants, et 30000 pour l'ensemble de la commune. Et il a cette jolie formule : " Quand le maire dit que les cochons volent, tous les conseillers répètent que les cochons volent."

  Au menu du soir : omelette vapeur, cari babafigue, beignets de bananes.

  Demain matin, j'espère que nous pourrons prendre notre petit-déjeuner dans la varangue, en regardant s'éclairer les montagnes.

  



27/11/2017
0 Poster un commentaire

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 75 autres membres