La Roche Ecrite

La Roche Ecrite

UN CHAUD LAPIN AU PRESBYTERE

   Michel Onfray a publié l'an dernier un nouveau volume de son journal philosophique, Le magnétisme des solstices ( éditions Flammarion) Le chapitre 27 est entièrement consacré à Jean Meslier sous le titre Le chant guerrier d'un curé athée. Car, comme on sait, le curé d'Etrépigny, dont Voltaire a contribué à faire connaître l'œuvre tout en la trahissant, était réellement athée. "Il n'y a point de Dieu", tel est, si j'ose dire, son credo. Aujourd'hui, d'après un sondage récent, 67 % des Français sont du même avis. Le monothéisme biblique, apparu au deuxième millénaire avant J-C dans les tribus bédouines du Moyen-Orient, est trop lié aux valeurs patriarcales archaïques pour pouvoir résister au souffle tempétueux de la modernité. Dieu est toujours, peu ou prou, l'image idéalisée du père. Il n'est donc plus dans l'air du temps et n'y reviendra pas. A l'aune de ce que les historiens appellent le temps long, le monothéisme aura survécu 3000 ans avant de disparaître. J'invite ceux qui s'en désolent à penser à la souffrance des derniers polythéistes, grecs, romains ou gaulois, quand ils assistèrent, impuissants, au naufrage de la civilisation antique et au triomphe de la secte du Nazaréen. Il s'en fallut de peu, du reste, que Mithra ne mît tout le monde d'accord !

   Citons en l'abrégeant un peu la conclusion d'Onfray : "Seul dans son presbytère d'Etrépigny dans les Ardennes, Jean Meslier a inventé une radicalité athéologique, proposé une éthique hédoniste, formulé une ontologie immanente, construit une politique libertaire, pensé un féminisme de combat...L'hommage à lui rendre aujourd'hui ? Le lire, bien sûr. Le lire, mais aussi et surtout le pratiquer."

    Dans l'état présent de mes pensées, ce qui m'émeut au-delà de tout, c'est que Jean Meslier a même pressenti qu'un jour l'homme, sortant de l'aveuglement biblique et coranique,  reconnaîtrait l'animal en tant qu'être sensible et souffrant. Il élabore une éthique de la pitié avec toutes les créatures souffrantes. Il refuse la logique chrétienne qui légitime d'exploitation des animaux, leur mise à mort pour se nourrir, leurs souffrances dans le travail, etc. Il refuserait aussi, bien sûr, s'il vivait au 21ème siècle, les barbares abattages rituels, où les sacrificateurs exigent que les animaux soient égorgés conscients, et non anesthésiés selon une règle européenne qui remonte à cinquante ans. Ce sadisme intégriste se répand dans nos abattoirs.

   Onfray ne nous cache rien de la vie intime de Jean Meslier : "Il vit avec une jeune bonne qui ne fut pas la vieille et chaste servante que les conciles invitent à préférer aux jeunesses fraîches et affriolantes. A la hiérarchie qui le réprimande, il rétorque qu'elle est sa nièce. On le punit d'un mois d'isolement dans un monastère.Quelques années après, il recommencera avec une autre...nièce."

   Jean Meslier meurt à Etrépigny le 28 ou le 29 juin 1729. Il était né à Mazerny le 15 janvier 1664, l'année du Tartuffe de Molière. Chaud lapin, peut-être. Immense esprit libre, sûrement.



05/03/2014
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