La Roche Ecrite

La Roche Ecrite

Pour les 40 ans de notre fille Marie, Barby, 11 décembre 2016.

Chère Marie, 

Il n'y a qu'une question : le temps.

Il n'y a qu'une réponse : le temps.

Il n'y a qu'une douleur : le temps.

Et il n'y a souvent qu'un espoir : le temps.

Notre époque est obsédée par les anniversaires mais comme elle a très peur du temps, on n'évoque jamais l'âge de ceux qu'on couvre de souhaits. Toi, le 25 novembre dernier, tu as eu 40 ans. C'est vrai mais pour moi c'est au sens strict incroyable. C'est l'énigme du temps.

Je te revois petite fille, quand nous habitions à Rethel, sous les vieux marronniers du Chäteau-Mazarin. Tu portais une pèlerine bleu marine avec une capuche. Tu était la grâce incarnée. Quand tu faisais un bisou à ton père, il fondait...

Je te revois aussi écolière, avec ton cartable neuf et ta blouse rose. Tu était une petite brunette à la silhouette fine et aux traits délicats. Mémère était très fière car tout le monde disait que tu lui ressemblais - et c'était vrai.

Très vite, tu as développé une personnalité déconcertante que, d'une certaine manière, tu as conservée jusqu'aujourd'hui. Tu aimais dessiner, peindre, faire de la pâtisserie, te déguiser, chanter, danser. Tu aimais aussi, et tu aimes toujours, écrire de belles lettres, dans un français parfait, où tu exprimais ta sensibilité, ton amour de la vie, ton attention permanente aux autres.

Les mathématiques, c'était une autre paire de manches !

Tu étais notre petite Marie. Et maintenant, fidèle à toi-même, tu es Marie, notre Marie. Tu portes le plus beau prénom du monde, celui qu'admirait tant Denise, c'est-à-dire Mme Simon, ton institutrice.

Nous te saluons, Marie, pleine de grâces...

 

Depuis bientôt 20 ans, tu vis très loin de nous. Trop loin. Mais il ne se passe pas de jour sans que nos deux coeurs se rapprochent, le tien et le mien. Tu aimes le silence et la méditation. Tu fuis les lumières trop vives. Tu préfères les échanges dans l'intimité aux regroupements qui font du bruit. Tu détestes qu'on t'impose un rythme qui n'est pas le tien. On se demande bien de qui tu tiens tout cela ? !

En fait, le problème est, je viens de le dire, que tu sois si loin de nous. Mais être loin d'ici, au contraire, est un bel avantage, une belle richesse. La Réunion, comme je le dis souvent, est " mon ailleurs savoureux ". Grâce à Frédéric, ton mari, et à Nicolas, votre fils, tu t'es admirablement intégrée à l'île, à sa société bigarrée, à sa " culture " comme on dit aujourd'hui. Tu parles le créole avec une verve déconcertante. Tu es devenue une femme des îles et cela, j'avoue, ne me déplaît pas.

Il me plaît aussi que tu aies développé tes talents d'artiste. Tes patchworks et tes peintures ne font qu'épanouir les qualités qu'on trouvait déjà dans tes dessins d'enfant : l'harmonie parfaite des formes et des couleurs, la recherche permanente de ce que j'appellerai l'abstraction sereine. Dernièrement tu as participé à une exposition à Cilaos, cette bourgade montagneuse du centre de l'île à laquelle les Maillot sont si attachés. Il faut que tu creuses ce sillon. Il est le tien.

 

Comme on m'a bien recommandé de ne pas être trop long, je crois que je vais m'arrêter ici. Ton père t'aime. Tu le sais même s'il n'est point dans nos usages de le dire souvent. Et chaque fois que je t'embrasse aujourd'hui, paradoxalement, cela me rajeunit de plus de 30 ans : je fonds...

 

 



12/12/2016
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