La Roche Ecrite

La Roche Ecrite

FAIRE PISSER LE BAUDET : UNE PETIT TREK DANS LES ARDENNES...

3 mai 2016.

Ce fut un hiver comme je les déteste : boueux, pluvieux, neurasthénique. Mais la fin d'avril fut glaciale, venteuse. Il gelait tous les matins jusqu'à moins 4 ou moins 5. Gros dégâts dans les vignobles : val de Loire, Chablis, Côte d'Or, Côte des Riceys. Il a encore plu en fin de nuit. Et puis le beau temps revient tout doucement.

Départ de Barby à 8h30, avec l'ami Joël : excellent marcheur, mais il a la vessie impérieuse. On s'arrête toutes les heures pour " faire pisser le baudet " . Jusqu'à Arnicourt, cheminement à travers champs. Colzas en fleurs. Merisiers aussi. Chants des deux fauvettes, la babillarde et la grisette, et des deux bruants, le jaune et le proyer. Première halte au calvaire d'Arnicourt. Ensuite, descente du raidillon près de l'église, où embaument les lilas. Juste après le pont du Plumion, une jolie propriété comme on aimerait en voir beaucoup : un discret chalet, des nichoirs dans les arbres, et puis surtout cette admirable inscription : HUNTING PROHIBITED. WILDOWL SANCTUARY. Bravo !

Entre 10 heures et midi, nous contournons  les Monts de Sery. On arrive à Wasigny par la rue Anatole France. Repas et courte sieste sous la halle. Soleil mais vent froid. N'ayons pas peur des mots : Wasigny, qui pourrait être un superbe village, est une commune sinistrée. Une maison sur trois est à l'abandon : persiennes rouillées, herbes folles dans les gouttières. L'angélus, lui, tient le coup : une cloche grêle et fervente, qui indique qu'ici, un peu de vie existe encore. Même constat, ou à peu près, à la Neuville-les-Wasigny. Vers 15 heures, un arrêt à Lalobbe. Le bar-restaurant " le Saint-Nicolas" est fermé. Nous profitons tout de même du soleil de la terrasse.

En fin d'après-midi, arrivée à Signy. Une bière au Café du Pont, et puis nous nous installons pour la nuit à l'Auberge de l'Abbaye. L'impression, ici, est tout à fait différente. Bourgade accueillante et tirée à quatre épingle. Des Néerlandais partout. Une salubre ambiance routarde et vacancière.

4 mai 2016.

A 7h30, tandis qu'un froid soleil commence à éclairer la grand-place, je m'assois sur les marches de " la Petite Abbaye " ( la grande, hélas est disparue...), et je remplis selon mon habitude mon carnet Moleskine. Au bout d'une rue adjacente, à 200 mètres, une sphère armillaire moderne a été installée. Frissons astronomiques...J'apprends que Pluton, la plus éloignée des planètes du système solaire, est à 5913 millions de km. Si cela vous donne des vertiges, je peux vous rassurer tout de suite : Marlemont, le plus proche village, n'est lui qu'à 7 km !

Mais ce n'est pas notre direction car nous partons vers l'est, c'est-à-dire vers Thin-le-Moutier. A nouveau un raidillon sévère, bordé d'aubépines, qui nous épargne les virages de la route. Admirable paysage des crêtes pré-ardennaises : pâturages immenses, horizons forestiers, un centre équestre ultra-moderne. On se croirait presque dans les Vosges.

Thin-le-Moutier, comme Signy, respire l'élégance, le bon goût, et une certaine prospérité. Les maisons anciennes sont tantôt en moellons blancs de calcaire local, tantôt en pierre jaune de Dom. A la sortie du village, les baudets se soulagent près de la fontaine de la Croizette, un lavoir au toit à quatre pans qui ressemble à un impluvium romain.

Sous le soleil de midi, le hameau de Warby resplendit comme un pur joyau. Grâce à l'amabilité de Mr et Mme Choisy, nous pouvons même visiter la petite chapelle dédiée à saint Claude. Frugal pique-nique et puis sieste au bord du ruisseau de Thin. Les aulnes de la rive, qui commencent à faire leurs feuilles, nous protègent des ardeurs du soleil. Nous sommes les " Erlkönige " , les Rois des Aulnes...

Nous traversons ensuite Clavy, puis Saint-Marcel, et enfin nous montons vers le col de Sury, à 296 mètres. Les Ardennes, il faut le savoir, ont quelques cols. Nos montagnettes, parfois, jouent aux grandes dames !

Sury, dans la descente, appartient presque déjà à la banlieue de Charleville, dont on devine au loin les plus hauts immeubles. Nous passons sous le pont de la future autoroute et nous voici à Warcq. Paradoxalement, c'est là que nous nous perdons, parmi les carrefours urbains et les grands axes conçus seulement pour le trafic automobile, très dense en cette fin d'après-midi. Tous les panneaux indiquent le centre de Charleville, mais aucun le quartier de la Mal-Campée ! Or c'est bien de la Mal-Campée que nous devons partir pour engager notre descente finale sur Damouzy ! Heureusement, une jeune fille nous signale le petit chemin bucolique qui démarre derrière le passage à niveau et qui lui, modestement, nous amènera directement à la Mal-Campée ! Vers 18 heures, nous sommes à Damouzy. Brioche et rafraîchissement offerts par mon beau-frère, qui nous ramène ensuite à Barby.

En deux jours, nous avons parcouru 55 kilomètres. Ce n'est ni l'Himalaya ni la steppe hongroise. Seulement une agréable balade à travers les Ardennes. Les deux baudets sont fourbus mais contents. Mais déjà un autre projet germe dans nos têtes rougies par les coups de soleil : Damouzy-Hargnies par Monthermé et le plateau des Hauts-Buttés. Et là nous serons en haute montagne, à 450 mètres d'altitude ! 

[ Ceux qui ont le goût des lointains horizons peuvent lire sur la page Facebook à mon nom mes anciennes notes de voyage sur la Réunion, l'île Maurice, Madère et la Laponie suédoise.]



08/05/2016
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